• I!R

The Chelsea Arts Ball : un Nouvel An comme on en fait plus


Vous l’avez fait ! Vous avez survécu à l’année 2020, considérée pour beaucoup comme la pire de notre histoire. Malheureusement, le projet d’organiser LA soirée du siècle pour enterrer ces 365 jours épuisants s’est vu compromis. Relativisez, vous disposez d’un an pour préparer la prochaine Saint-Sylvestre, qui on l’espère, se fera dans de meilleures conditions.


Aujourd’hui, M!NEWS vous donne de l’inspiration. On voyage dans le temps, à une époque où la soirée du Nouvel An ressemblait étrangement à une fête de Gatsby le Magnifique.



Pendant près de 50 ans, le Chelsea Arts Club, composé de jeunes artistes britanniques à l’imagination débordante, a réuni des milliers de fêtards aux déguisements complètement loufoques. C’était l’événement à ne pas manquer pour fêter le passage à la nouvelle année, the place to be. Un endroit où la décadence était de mise, aux décors vintage bien que l'événement était en avance sur son temps.


En 1908, le Royal Opera House abrite le premier bal du Chelsea Arts Club. Première soirée et directement un succès. Deux ans après, c’est le Royal Albert Hall qui leur ouvre les portes. La tradition s’est vite installée, et le sol de la salle londonienne a été piétinée des nuits entières durant cinq décennies. Pauvre sol.


Pour un bal exceptionnel, tenues exceptionnelles obligatoires. Pas question de venir simplement : enfilez votre déguisement le plus fantaisiste ou votre costume de luxe le plus extravagant et le tour est joué. Le thème de la soirée est décidé par le club et autant dire que les murs du Albert Hall n’ont pas eu d’autres choix que d’accepter des thèmes tous plus farfelus les uns que les autres. Des frous-frous, des plumes dans tous les sens, des bijoux toujours plus imposants, des chapeaux à en perdre la tête... Le Chelsea Art Ball était un de ces événements scandaleux où absolument tout était permis. Scandaleux parce que progressiste, aussi. Il est un des rares événements londoniens de l’époque à accueillir librement des personnes homosexuelles. La nudité y est un vêtement, la différence et l’excentricité également.


À minuit, tous à vos parapluies : l’immense salle est inondée en l’espace de quelques secondes par une pluie de ballons. C’est à ce moment précis que la fête basculait en un remake du clip A Little Party Never Killed Nobody de Fergie. C’est aussi le temps de laisser place au moment le plus important de la soirée : le défilé de chars, splendides, éléphantesques, confectionnés par plusieurs écoles d’art. Ils peuvent prendre la forme de chimères flamboyantes ou d’évêques beaucoup plus sérieux.


Une chose est sûre, ces chars n’en sortent pas indemnes : après chaque défilé, les étudiants détruisent les créations des écoles concurrentes. Cette destruction massive laisse ensuite place à une gigantesque émeute incontrôlable, avant que la fête puisse battre son plein. Les années 50 ont été le théâtre de l’escalade de cette violence. Jusqu’en 1958, où elle a pris une toute autre tournure : une bombe a explosé après avoir été lancé par un des étudiants. La fumée a envahi la salle et treize personnes ont été transportées d’urgence à l’hôpital. C’était la dernière fois que le sulfureux Chelsea Arts Bal se tenait de cette manière au Albert Hall.


S'il vous vient l’envie de visiter le Royal Albert Hall aujourd’hui, vous y trouverez quelques souvenirs de ce temps où la transgression était le maître-mot : entre les photos de Frank Sinatra ou de Shirley Bassey en concert se trouve un cliché d’un des nombreux bals du club. Sa description résume parfaitement la philosophie de cet événement d’exception : "Le Chelsea Arts Bal qui s’est tenu en ces lieux tous les ans de 1910 à 1958, banni pour comportement turbulent".


Aujourd'hui, le bal a déménagé dans la résidence du Chelsea Arts Club sur Old Church Street à Londres, pour faire du bruit en toute liberté. Les thèmes sont toujours de la partie mais cette fois, la fête se déroule en huis clos, à l’abri des regards indiscrets. Tout ce qui pourrait laisser des traces est interdit : du téléphone, aux caméras en passant par les ordinateurs. Ce qui se passe au bal du Nouvel An, reste donc au bal du Nouvel An.


Évidemment, on ne vous conseille pas de déterrer ces souvenirs scandaleux et d'en faire votre passage à 2022. Mais inspirons-nous, un peu, de ces moments de liberté.