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Sale temps pour la culture

Le couperet est tombé lundi 13 avril au soir. Les lieux de rassemblements culturels ne réouvriront pas avant mi-juillet minimum. Artistes, techniciens, organisateurs, intermittents, tous s’y attendaient, mais la nouvelle fait mal.


En France, la culture représente 2,2% du produit intérieur brut et emploie 2,2% de la population active, soit plus de 590 000 personnes. Ce sont autant d’emplois menacés dont la majorité ne peuvent être exercés en télétravail. Tous les secteurs sont touchés. Les tournages de films et séries sont suspendus, les festivals annulés en masse et les musées et salles de spectacles sont fermés.


À chaque échelon, les pertes s’annoncent colossales. L’association Solidarité SIDA, tire 70% de ses revenus des Solidays, organisés chaque année en juin. En 2020, 3 millions de recettes ne rentreront pas dans les caisses, autant d’argent qui ne pourra pas être investi dans la lutte et la recherche contre le SIDA. De même, certains événements portent à eux-seuls l’attractivité d’une région. L’annulation du festival d’Avignon ou des Francofolies de La Rochelle aura un impact sévère sur l’économie locale.


Scénario du pire

L’heure est au désarroi. Certains appellent le gouvernement à lancer un « plan Marshall pour la Culture », de peur de ne jamais réussir à redécoller mais pour l’instant, le Ministère reste muet sur la question. Juridiquement, la pandémie de COVID-19 est considérée comme un cas de force majeure. Cela permet aux organisateurs de se soustraire à leurs obligations contractuelles envers les prestataires de service ou les exposants. En revanche les remboursements dus aux annulations sont maintenus. Or, beaucoup d’événements tiennent sur la billetterie. Sans fonds, la plupart des festivals indépendants ne survivront pas, le ratio revenus/dépenses ne permettant pas d’assurer un matelas conséquent pour tenir une année entière sans entrée d’argent.


Le tableau est noir. Si la crise sanitaire a un impact immédiat, il faudra aussi imaginer un solide plan de sortie, surtout si comme en Allemagne, la reprise n’est pas envisagée avant 18 mois. Une éternité.


Artistes sur le fil du rasoir

Les organisateurs ne sont pas les seuls touchés. Qu’en est-il des artistes ? Les musiciens par exemple perdent la majorité des revenus reversés par la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique, tous les lieux diffusant de la musique sont tenus de se déclarer auprès de celle-ci et paient une redevance, laquelle est reversée aux artistes). Cette dernière a récemment débloqué 6 millions d’euros pour venir en aide aux plus dépendants.


Malgré tout, des solidarités se créent. Comme pour masquer les terribles conséquences économiques qui s’annoncent, les artistes s’attèlent à maintenir un lien avec leur public. Un flot de lives en tout genre est diffusé sur internet. Dj sets, covers, making-of, échanges, concerts etc. Un seul mot d’ordre Together At Home.



La culture se diffuse. Elle est précieuse. Même dans les pires moments, elle s’avance et dompte nos incertitudes. Lire, écouter, regarder, s’évader, voilà ce qu’elle permet. Quand tout sera terminé, il ne faudra pas oublier de voler à son secours.