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Jojo Rabbit revisite le nazisme, sauce Taïka Waïtiti


60%. C'est le nombre de jeunes américains ignorant tout de l'Holocauste. Le réalisateur néo-zélandais, connu pour son univers absurde et décalé, use de ce non-sens pour adapter au cinéma le roman de Christine Leunens, Le ciel en cage, publié en 2007.

Tourner en dérision le nazisme commence avant même sa chute avec Le Dictateur, film incontournable de Charlie Chaplin qu'il réalise en 1940 afin de mobiliser les américains et les encourager à intervenir. Suivent ensuite, après la chute du régime d'Hitler, des films de Mel Brooks ou Ernst Lubistsch.

Qu'est-ce que Taïka Waïtiti peut alors apporter à cet héritage déjà riche ? Son humour décalé on l’aime ou on le déteste et ses films répondent au même principe.


Le film raconte l'histoire de Johannes Bretzler (Roman Griffin Davis), 10 ans, qui s'apprête à passer quelques jours dans un camp des jeunesses hitlériennes. Tout excité, il rêve de lancers de couteaux, de maîtriser l'art de l'autodafé et le vocabulaire aryens. Il n'en reste tout de même pas moins stressé : son ami imaginaire adoré est là pour l'épauler. Et quel meilleur ami imaginaire pour un apprenti nazi qu’Adolf Hitler (Taïka Waïtiti) lui-même ? Un accident de grenade va pourtant obliger le jeune Jojo à écourter son entraînement, défiguré et boiteux. Le fanatisme intact, le jeune aryen découvre que sa mère (Scarlett Johansson) cache dans leurs murs une jeune fille juive (Thomasin McKenzie). Les adolescents, partagés entre haine et curiosité, devront alors cohabiter.

Taïka Waïtiti souhaite que son film raconte l'Allemagne de 1945 à travers les yeux d'un enfant. Hitler en devient clownesque, les autodafés de véritables feux de joie et les juifs des personnages de film d'horreur.

Cela explique-t-il que l'horreur de cette guerre transparaît si peu dans ce film ? Le petit Jojo, fanatique endurcit, n'a pas la capacité de comprendre l'inconcevable vérité des camps, des massacres, des mensonges et des trahisons de son modèle Hitler et sa philosophie nazie.

En septembre 2019, le film est présenté en exclusivité au festival de Toronto, qui lui décerne le Prix du public. Le film est dans les salles obscures françaises depuis ce 29 janvier. Nominé à six reprises aux prochains Oscars, notamment pour le meilleur film et la meilleure adaptation, le film rencontre un grand succès outre-atlantique.

Taïka Waïti va-t-il donc réussir son pari : rappeler aux plus jeunes ce à quoi ressemblait la Seconde Guerre Mondiale ?



Pour plus d'informations

L'interview du réalisateur chez Popopop, France Inter https://www.franceinter.fr/emissions/popopop/popopop-24-janvier-2020

Le célébrissime discours final de Chaplin dans Le Dictateur, à voir et à revoir https://www.youtube.com/watch?v=XCQecl5G8M0