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Illusions perdues : une adaptation plus qu'honorée

L’adaptation d’un des plus célèbres romans d’Honoré de Balzac, qu’il avait dédié à Victor Hugo, sort en salle le 20 octobre. Pour les amoureux de littérature et d’histoire, nous ne vous conseillons que vivement d’aller découvrir Illusions perdues, qui est tout simplement bouleversant.



Lui est un jeune homme plein d'espoirs et d'ambitions. Elle n'est que la société corrompue dans laquelle il va malencontreusement mettre les pieds.


Dans la France du XIX siècle, Lucien n'est qu'un petit imprimeur de journaux quand Louise de Bargeton décèle en lui un avenir prometteur. Elle décide de le prendre sous son aile, et ensemble, ils quittent Angoulême et montent à Paris. Pour éviter de nuire à la réputation de sa protectrice, Lucien s'installe seul dans un petit appartement très exigu. Cherchant des éditeurs pour devenir poète, il fait la connaissance d'un rédacteur. Grâce à son nouvel ami, il réussit à se faire embaucher dans un journal satirique, où il découvre la cruauté de ce monde et celui de la noblesse parisienne...



Un affrontement théâtralisé entre gangsters


Abandonnant ses rêves de poète, où cette littérature n'est plus considérée comme "actuelle", Lucien De Rubempré devient journaliste. Innocent et naïf, il croit que ce métier tend à éclairer les citoyens sur l'art et le monde en général. C’est tout le contraire : le journalisme est le piédestal pour accéder à ce à quoi tout le monde court, la richesse. L’argent devient donc maître mot de cette mascarade.



Illusions perdues, @ Gaumont

Une mascarade qui se vaut être chère. Les journalistes mettent en scène des polémiques qui permettent aux romanciers de se faire connaître. Leur opinion se vend au plus offrant, quitte à être mensongère. Ils paient également des propriétaires de théâtre pour applaudir un spectacle ou huer les concurrents. Ces "siffleurs" créent de nouvelles machines pour améliorer leur "commerce".



C'est ignoble, mais je vis de ce métier, moi comme cent autres ! Ne croyez pas le monde politique beaucoup plus beau que ce monde littéraire : tout dans ces deux mondes est corruption, chaque homme y est ou corrupteur, ou corrompu.

Illusions perdues, Honoré de Balzac



Ce monde vorace évolue aussi en coulisse. Les journalistes paient pour obtenir des informations et diffuser de fausses rumeurs notamment en utilisant des pigeons voyageurs. L’important est de créer l’évènement de l’année ! Et tous les coups sont permis...



Une analogie avec notre époque


Cette adaptation n’en ai pas moins époustouflante qu’elle suscite en nous certaines réactions. Une certaine familiarité avec le XIX siècle. Le journalisme est encore un métier où il faut là aussi créer l'événement, faire le buzz. C’est aussi un outil d’informations qui peut vite être utilisé à mauvais escient.


Pour preuve : les fake news. Que ce soit aujourd’hui ou sous la Restauration avec les pigeons, les fake news forgent la polémique, qui empêche de voir la réalité et les élites à divertir le peuple. Et ce avec l’utilisation - pas seulement, mais ils en font partie - des réseaux sociaux. Petit clin d'œil du film à Twitter dont le logo représente un oiseau bleu.



Un casting à la hauteur des espérances


Pour mener à bien cette comédie humaine, le réalisateur Xavier Giannoli s’est doté d’un casting exemplaire. Révélé au grand public dans le film Été 85 de François Ozon, Benjamin Voisin incarne magistralement le rôle de Lucien. Son interprétation nous donne des frémissements. Même s’il dégage une certaine arrogance et un petit sourire narquois, nous ne pouvons que nous attacher à ce personnage, devenu la marionnette d’une société corrompue.


Illusions perdues, @ Gaumont

En haut de celle-ci : le milieu de la presse critique. Vincent Lacoste, alias Étienne Lousteau, nous enivre de son côté sympathique et humoristique. Certes, il tire les ficelles du piège dans lequel Lucien va tomber, mais comment résister à son visage enjôleur ? Le milieu de la noblesse est quant à lui représenté par Jeanne Balibar, alias la Marquise d’Espard, qui cause encore davantage la descente aux enfers de notre héros.



Autour d’eux, les seconds rôles ne sont pas en reste et métamorphosent leur personnage en les rendant plus vrais que nature. Salomé Dewaels, alias Coralie, émerveille de son côté touchant. Il est difficile de se désintéresser de ce personnage, qui est l’un des plus profonds et dont l'amour pour Lucien est inconditionnel.


Cécile de France et Benjamin Voisin
Illusions perdues, @Gaumont

Cécile de France joue aussi avec brio Louise de Bargeton, une femme douce qui n’arrive pas à trouver sa place dans la noblesse. La plume de la haute société, Raoul Nathan, est interprétée par nul autre que Xavier Dolan. Une réelle surprise de le voir devant la caméra, qui n’a fait que s’accentuer de fil en aiguille durant le film. Sa prestance est indéniable. Il a réussi à faire refléter, à travers son personnage, une réelle sincérité vis-à-vis de Lucien et à lui donner un côté humain qui contraste avec le milieu littéraire.



Loin d'être une comédie romantique comme on aurait pu s'y attendre, ce film est avant tout une comédie humaine qui vous surprendra par le réalisme non seulement des décors, mais aussi de l'histoire et par le jeu d'acteur incroyable. Une vraie pépite qui mérite grande attention !

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