• M!P

Identité cinématographique #1


Avez-vous déjà réalisé que chaque séries, films, titres, lectures ou jeux laissent sur chacun d'entre nous une empreinte, un ressenti, une vision ? M!News propose, dans la logique où la culture fait de nous des êtres uniques, de revenir en série sur les films ayant contribué à nous construire.


M.A.S.H (1970) par Robert Altman, avec Donald Sutherland et Elliott Gould

Inscrit dans le genre du film de guerre, ce film en bouscule les codes pour raconter l'histoire d'une unitée médicale "M.A.S.H" déployée par l'armée américaine sur le front coréen. Film de guerre donc, mais surtout comédie satirique. Tout est écrit et rythmé à la perfection. La narration est unique en son genre : la radio du camp sert de voix off et déroule le générique de fin... "C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup."

Pourtant, ancré dans son époque aujourd'hui largement révolue, M.A.S.H positionnent ses personnages masculins (chirurgiens) bien au-dessus de ses personnages féminins (infirmières) : les remarques et vannes misogynes fusent, frôlant souvent le harcèlement.

Jeune, ce film me faisait mourir de rire et a formé mon humour. Aujourd'hui, des passages entiers poussent à la réflexion. Le cinéma vieillit, les mentalités changent. Tant mieux.


Spotlight (2015) par Tom McCarthy, avec Michael Kiton et Rachal McAdams

Quoi de mieux que le cocktail « faits réels + casting 5 étoiles + réalisation pointue » ? Pas grand chose. Ce film oscarisé en 2016 raconte comment la cellule investigation du Boston Globe a découvert que l’Église organisait, depuis des décennies, un véritable système de protection de leurs prêtres pédophiles, et comment des avocats transformaient les accusations d'abus sexuels en une véritable activité lucrative.

Attaché au réel, le film rend fidèlement compte du déroulé d'une enquête d'investigation aussi laborieuse et douloureuse que celle-ci. Le sujet, extrêmement sensible car camouflé alors qu'omniprésent, est appréhendé d'après le regard de toutes ces victimes parfois démolies, souvent changées mais immanquablement traumatisées.

Trois fois récompensé pour son scénario original et sa réalisation, Tom McCarthy réalise ici un grand film qui, en dénonçant l'impunité d'une Église toute puissante et immorale, met en lumière des professionnels distingués, dans la vraie vie, par le Prix Pulitzer.


Princesse Mononoké (1997) par Hayao Miyazaki

Miyazaki a toujours eu de l'avance, dans ses personnages, dans ses histoires, dans ses contextes, dans ses combats. Ce film n'y réchappe pas. Dans un Japon rural, un jeune prince reçoit d'un ancien dieu animal une malédiction rongeant son corps, le tuant petit à petit. Condamné par le destin à quitter son village, il découvre sur les routes toute la pauvreté, les massacres et les inégalités que son pays à offrir. Mais surtout, porté par une bienveillance à toute épreuve, Ashitaka constate la propension des Hommes à détruire méthodiquement la nature qui l'entoure.

Le regard du réalisateur sur ses personnages est incroyable de bonté : la "méchante" est en fait facile à comprendre, le "gentil" continu de l'être sans bornes tout en baignant dans une violence indéniable, et ce personnages mystérieux qu'est la Princesse Mononoké envoûte, sans essayer, Ashitaka comme elle envoûte les spectateurs.


Into the Wild (2007) par Sean Penn, avec Emile Hirsh

Encore une histoire vraie, mais cette fois-ci un biopic. Celui de Christopher McCandlesse, sorte de héros d'une génération de jeunes américains désenchantés. Après le succès du livre de Jon Krakauer parut en 1996, le film a continué d'inspirer les générations suivantes.

Le film raconte donc l'histoire de ce jeune homme, fraîchement diplômé, qui décide à la fin des années 1980 de partir de sa Californie natale afin de rejoindre, libéré de tout argent, l'Alaska et y passer l'hiver. Un projet complètement fou pour un autodidacte tel que lui.

Mais qu'est-ce qui nous touche autant dans cette histoire ? Elle est celle de tous ces jeunes adultes, obligés durant toute leur scolarité à entrer dans des cases pré-construites par une société sourde, aveugle, bornée. Leur souhait, si il a perduré, est de s'en défaire, de quitter ces boîtes, de découvrir le monde. Christopher McCandlesse est allé au bout de son périple, mais vous ?

Ce film permit au jeune Emile Hirsh de prouver son talent d'acteur comme il permit à Sean Penn de prouver une certaine virtuosité en tant que réalisateur. Celui-ci s'est d'ailleurs attaché à suivre scrupuleusement le chemin emprunté par le vrai Christopher McCandlesse, jusqu'à reproduire à l'identique son fameux bus bleu, à quelques mètres de l'authentique. Les paysages américains sont envoûtants. Le personnage si attachant. Gros gros coup de cœur pour la bande originale, composée et interprétée par Eddie Veder.


Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (2001) par Jean-Pierre Jenet, avec Audrey Tautou

Ce film est un de ceux dont on se souvient, vraiment bien, que nous continuons à regarder, encore et encore, et qui ne cesse de nous dévoiler ses secrets, petit à petit.

Amélie Poulain, jeune serveuse originale dans sa sensibilité, tente d'aider chacune des personnes de son entourage, d'améliorer les petites choses de leur vie, tout en forçant le destin à lui ouvrir les bras d'un curieux jeune homme qui s'obstine à fouiller sous les cabines de photomaton.

Tout est parfait : le scénario plus qu'original, la réalisation profondément sensible, la voix off (André Dussolier) en véritable chef d'orchestre et la justesse étrange des deux protagonistes. Jean-Pierre Jenet est un réalisateur minutieux. Chaque plan a une sorte de ton, de couleurs. Les musiques (originales) rythment les scènes. Et les détails, éblouissants car réfléchis et rendus dans leurs vérités simples. Rayon de soleil, le film multi récompensé en France comme à l'étranger touche aux plaisirs simples de l'enfance, à l'aventure de la vie, à la transmission et la paix de la vieillesse. D'ailleurs, comment appelle-t-on la période située entre la jeunesse et la vieillesse ?