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365 Jours : manuel de la culture du viol

Mis à jour : 21 juin 2020

Le roman 365 Dni de l'autrice Blanka Lipińska, véritable succès littéraire polonais depuis sa publication en 2018, s'est vu adapté et diffusé par Netflix ce 10 juin dernier. Surfant sur la vague du "mummy porn" et de la "dark romance" popularisée par la trilogie des 50 Shades de l'autrice E.L. James, le film polonais fait depuis beaucoup parler de lui pour sa vision dégradée et dégradante de la femme, du couple, de l'amour, du sexe.



Massimo (Michele Morrone), ersatz de Michael Corleone (Le Parrain), kidnappe la polonaise Laura (Anna-Maria Sieklucka) et lui laisse 365 jours pour tomber amoureuse. Pour ce mafieux sicilien, rien d'incroyable apparemment dans le fait de kidnapper cette jeune femme, vu l’apparente banalité que lui inspire cet acte. Encore moins aberrant alors que sa victime puisse, immanquablement, céder à ses avances continues et poussées.


Car malgré la promesse de ne jamais rien lui faire sans qu'elle lui ait demandé (ce qu'il lui dit une main posée sur son sein), ce mâle en rûte ne va cesser de la presser. D'abord verbalement, en lui ventant ses atouts physiques et sexuels (improbables à voir), puis physiquement en la molestant (le nombre de scènes de strangulation est déconcertant), en la ligotant puis en la violant, alors que ligotée au siège d'un avion, entourés qu'ils sont d'une dizaine de témoins immobiles. L'adorable Massimo stoppera son viol avant de conclure "Le plaisir, ça se mérite".


Finalement, Laura se retrouve traînée sur un yacht (en pleine mer) duquel, après une énième tentative forcée de son ravisseur, celui-ci la fait passer par-dessus bord. Pris de remords – ou d'amour ??? - il plonge, la repêche et à son réveil, Laura ne se souvient que d'une seule chose : il l'a sauvé de la noyade. Et quoi de mieux, lorsqu'on est une frêle femme reconnaissante, que de céder à ses avances.


S'ensuit alors une scène de sexe interminable. Ne seront épargnés aucuns recoins du yacht. Notons d'ailleurs que seul le corps de Massimo n'est filmé dans sa globalité, celui de Laura étant réduit à son postérieur et sa poitrine, sa tête se retrouvant bien souvent au fond des draps. Le reste du film tentera lamentablement de justifier toute cette première partie au nom de l'Amour que partage les deux protagonistes.


Résumons : banalisation du kidnapping, glorification du Syndrome de Stockholm, culture du viol, érotisations des violences physiques et sexuelles, oblitération totale des idées de consentements et de contraception, usage des sentiments amoureux comme excuses, voire même comme conséquences des violences et manipulations. Le tout parfaitement servi par une conception du désir féminin réduit à néant, Laura encaissant coups, viols, dégradations et insultes sans qu'elle ne puisse, ne serait-ce qu'une fois, refuser ce qui lui est infligé.


Alors comment expliquer un tel succès littéraire puis "cinématographique" ? Car tous ce qu'incarne ce film va à l'encontre des inlassables combats juridiques, étatiques et féministes sur les questions du consentement, de la reconnaissance pour la disparition de la culture du viol et de l'impérative compréhension du système de violences conjugales, trop souvent conclu par des féminicides.

Vais-je trop loin ? Réfléchissons ensemble à l'impact qu'une plateforme comme Netflix, forte de +150 millions d'abonnés dans la monde en 2019 – sans compter les abonnements gratuits – peut avoir sur son audience. Le film, disponible depuis ce 10 juin s'est retrouvé dès le lendemain dans le TOP 10 France, à la vue de tous les abonnés. Présenté d'après les mots-clés "SomptueuxRomantique - Drame", 365 Jours n'est résumé que très succinctement, loin de préparer aux aberrations s'y trouvant.


Bien que déconseillé au moins de 16 ans, le film est ainsi à la porté de tous, même à ceux loin d'être informée sur une nouvelle conception de la vie sociale, basée sur le respect et l'égalité. Loin, très loin donc du monde présenté dans 365 Jours, faisant au contraire l'apologie malvenue du mâle dominant auquel aucune femme ne saurait résister, surtout si celui-ci est (très) fortuné.


Posez-vous finalement cette question : est-ce un film romantique ?

Ma réponse : non.

Une femme kidnappée, violée, frappée, forcée, séquestrée n'est pas chose romantique. Cette femme est violentée, dominée, traumatisée. Pourtant, l'autrice et la réalisatrice à l'origine de cette "œuvre" persistent et signent en faisant de leur personnage une amoureuse transie de son ravisseur. Soit le Syndrome de Stockholm représenté dans sa caricature.


Cet homme quant à lui incarne le pervers narcissique glamourisé, dont la violence, les menaces, l'instabilité et les viols seront toujours pardonnés au nom d'une idée faussée de l'amour. Ce film n'est pas une belle histoire. C'est un manuel à la gloire de la culture du viol. À des kilomètres des progrès sociaux (à leur large échelle) en cours au XXIe siècle.

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